Un jeune adulte sur deux a déjà souffert de trouble auditif

Un jeune adulte sur deux a déjà souffert de trouble auditif

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Rue bruyante

Au travail, dans la rue, pendant des loisirs, le système auditif est parfois soumis à des niveaux de bruit élevés qui menacent l’ouïe. Exposition chronique ou traumatismes aigus peuvent causer des perturbations auditives qui vont de l’acouphène passager (lire encadré) à la surdité irréversible. Selon un sondage de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) publié l’an dernier, 90% des Suisses estiment entendre bien ou très bien, mais un tiers avoue avoir rencontré au cours des cinq dernières années un problème auditif temporaire. Chez les 25-35 ans, ils sont plus de la moitié à avoir déjà souffert de perturbations auditives. Médecins et pouvoir publics attirent l’attention, des jeunes en particulier, sur l’importance des mesures de prévention. Il n’existe en effet aucun traitement médicamenteux efficace pour palier une perte auditive.

L’audition est une fonction qui dépend d’une suite de phénomènes physiques complexes (voir infographie). Les sons parviennent au tympan et le font vibrer. Ces vibrations sont ensuite propagées par la chaîne des osselets jusqu’à une petite structure nichée au cœur de l’oreille interne: la cochlée. Celle-ci contient des cellules ciliées (garnies de cils) qui transforment le signal en impulsions électriques envoyées au cerveau via le nerf auditif. « Le corps humain est composé de milliards de cellules, mais nous ne possédons que quelques milliers de ces cellules ciliées, souligne Raphaël Maire, médecin-chef au service d’ORL du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). Ces cellules ne peuvent pas se renouveler, donc nous avons un capital auditif à notre naissance et il faut faire avec jusqu’à notre mort. »

Traumatismes aigus

Lors de traumatismes auditifs, ce sont ces cellules qui sont atteintes, et le degré de gravité dépend de la fréquence du son, de son intensité et de la durée d’exposition. « Les cellules perdent alors leur fonctionnalité pendant quelques heures, pendant quelques jours ou sont détruites. Les troubles vont de l’acouphène transitoire à la surdité. Plus le son est intense, c’est-à-dire que le nombre de décibels (dB (A)) est élevé, plus les dommages peuvent survenir rapidement », explique Nils Guinand, chef de clinique au service ORL des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).

Armes à feu, motos ou outils de bricolage produisent des sons brefs mais extrêmement puissants (jusqu’à 160 dB (A) pour une détonation), responsables de traumatismes sonores aigus (TSA), comparables à celui subi par la chanteuse Lara Fabian. De manière plus anecdotique, des cris d’enfants et un éternuement produits à quelques centimètres de l’oreille ont été rapportés comme causes de TSA.

Ces chocs sonores peuvent détruire de nombreuses cellules ciliées. « Les TSA restent heureusement peu fréquents, relève Raphaël Maire, mais chaque année nous recevons plusieurs personnes qui souffrent d’une atteinte auditive importante, et souvent malheureusement irréversible. »

Si une gêne auditive persiste (bourdonnement, sifflement, impression de coton dans les oreilles) entre 12 et 24 heures après une exposition, il faut consulter pour évaluer le traumatisme subi et entreprendre des soins. « Aucun traitement n’est aujourd’hui efficace pour régénérer les cellules ciliées détruites, prévient le médecin. Mais certains, à base de cortisone, ou de produits vasodilatateurs (dilatation des vaisseaux sanguins), peuvent être prescrits pour aider les cellules encore vivantes à récupérer. »

Lésions d’origine professionnelle en baisse

Des dégâts similaires peuvent survenir lorsque l’oreille est exposée plusieurs heures d’affilée à une source de bruit intense. Dans le cadre d’une activité professionnelle, la limite a été fixée à 85 dB (A) pendant 8 heures, cinq jours par semaine. Si l’environnement est plus bruyant (chantier, scierie, carrosserie, etc.), le port de protections auditives est obligatoire. Au cours des dernières années, les lésions d’origine professionnelle ont nettement diminué, et ce sont aujourd’hui les activités de loisirs qui soulèvent le plus d’inquiétudes, principalement celles liées à l’écoute de musique amplifiée.

Dans une salle de concert ou une discothèque, le niveau sonore ne doit légalement plus dépasser 100 dB (A). Il ne faudrait cependant pas s’exposer plus de 20 minutes par semaine à une telle intensité. « Il est fortement conseillé de mettre les protections auditives mises à disposition, conseille Nils Guinand. Les bouchons d’oreilles les plus simples réduisent déjà le niveau sonore de 20 dB (A), ce qui est un gain considérable pour l’oreille. »

L’échelle des décibels est logarithmique: trois décibels en moins, cela correspond à une intensité divisée par deux. Il est aussi important de s’accorder des pauses (30 minutes toutes les deux heures) et de laisser le système auditif au repos après une soirée bruyante, afin que les cellules récupèrent et retrouvent leur fonctionnalité. Pour deux heures passées à 105 dB (A) il faut compter 16 heures de silence. « Une soirée en discothèque, c’est l’équivalent pour l’oreille interne d’un marathon pour les muscles ! » résume Raphaël Maire.