Reste à charge zéro : les audioprothésistes font leurs contre-propositions

Reste à charge zéro : les audioprothésistes font leurs contre-propositions

Ils se prononcent pour un reste à charge « maîtrisé » plutôt que zéro. Et refusent que l’appareil et la prestation de service soient dissociés.

En matière de frais de santé, s’il est un domaine où le reste à charge zéro changerait tout pour les patients, c’est bien l’audioprothèse. Equiper une oreille coûte en moyenne 1.525 euros, dont… 164 euros payés par la Sécurité sociale et 350 euros par la mutuelle. Les patients doivent donc encore trouver plus de 2.000 euros pour appareiller leurs deux oreilles.

Les personnes malentendantes renoncent à se faire soigner et patientent en moyenne sept ans avant de se rendre chez l’audioprothésiste. Or pendant ce temps, elles peuvent se désocialiser, ce qui en retour coûte très cher à l’assurance-maladie.

Pas de tarifs distincts

Une baisse des coûts pour les patients est très attendue. Et les 3.500 audioprothésistes sont prêts à jouer le jeu. Mais à une condition : ne pas suivre l’Autorité de la concurrence, qui a recommandé en décembre 2016 de fixer des tarifs distincts pour les prothèses auditives et pour les prestations liées (pose et suivi pendant plusieurs années). « Partout en Europe, on rembourse les deux ensemble. Les dissocier serait inflationniste et dégraderait la qualité », argumente Luis Godinho, président de l’Unsaf, le syndicat national des audioprothésistes.

L’Unsaf a publié ses propositions de réforme lundi, dans un communiqué. Dans ce schéma, d’ici à 2020, les bénéficiaires de l’aide à la complémentaire santé (ACS) seraient intégralement pris en charge. C’est déjà le cas pour ceux qui ont la couverture maladie universelle complémentaire (CMU-C), mais ils auraient des équipements de meilleure qualité. Le reste de la population adulte devrait encore débourser autour de 250 euros, soit 16 % du prix d’un forfait d’audioprothèse pour un équipement de milieu de gamme à 1.500 euros.

Hausse de la base de remboursement

La promesse du président de la République était plus généreuse. « Si le gouvernement veut aller plus loin, il restera encore deux ans pour le faire, objecte Luis Godinho. Mais attention, parce que dans les pays où il n’y a pas de reste à charge, les patients portent moins leur équipement. »

Cette amélioration des conditions de prise en charge passerait par une hausse de la base de remboursement et donc par un investissement net de l’assurance-maladie obligatoire. L’Unsaf ne souhaite pas que les complémentaires santé accroissent leur participation et propose d’inscrire un plancher et un plafond de remboursement des audioprothèses dans les contrats responsables, à 400 et 500 euros, contre 450 remboursés en moyenne aujourd’hui.

En deux étapes

La réforme se ferait en deux étapes. La première phase interviendrait en septembre, avec un coût de 60 millions en 2018, et 180 millions en 2019 pour la Sécurité sociale. Les contrats ACS auraient accès à des appareils de gamme 2, à 1.100 euros pièce, et ne débourseraient que 300 euros au lieu de 1.000 euros en moyenne. L’assurance-maladie rembourserait 250 euros de plus aux autres patients adultes, limitant leur reste à charge entre 400 et 500 euros par oreille. Dans le haut de gamme, les prix demeureraient libres, avec la création d’un « observatoire des prix ».

La deuxième étape, en 2020, coûterait 160 millions d’euros supplémentaires en année pleine.

Solveig Godeluck
@Solwii