Le dynamisme du marché des aides auditives attise les convoitises

Avec une augmentation de près de 80 % entre 2006 et 2015, les dépenses remboursables d'audioprothèses connaissent une croissance quasi exponentielle depuis une dizaine d'années (elles s'élèvent désormais à près d'un milliard d'euros sur une base annuelle).

Un dynamisme porté à la fois par les innovations produit, avec le développement important des écouteurs déportés, et par l'amélioration du taux d'équipement de la population française, qui se traduit par une augmentation continue des volumes vendus (651 000 unités en 2015 selon les estimations du Snitem). Paradoxalement, cette forte progression suscite depuis deux ans une vive polémique sur les prix unitaires des prothèses auditives, alors que ceux-ci sont demeurés globalement stables au cours des dix dernières années, et enregistrent même une légère érosion depuis 2014, en passant sous la barre des 1 500 euros l'unité. S'il est encore trop tôt pour connaître l'orientation des politiques publiques en matière de remboursement, les recommandations de l'Autorité de la Concurrence formulées en juillet 2016 esquissent quelques pistes de régulation : l'aménagement du forfait d'entretien, l'encadrement des tarifs des prothèses d'entrée de gamme... et le développement très contesté des réseaux de soins conventionnés[1]. Autant de pistes qui, si elles se concrétisent, laissent présager une reconfiguration profonde de ce marché, qui se traduira inévitablement par des pressions croissantes sur les prix et une intensification de la concurrence entre réseaux de distribution. D'autant que le nouveau président de la République s'est déclaré favorable à une nouvelle répartition des remboursements entre l'Assurance-maladie et les complémentaires santé, dans la perspective d'un reste à charge nul d'ici 2022. Si cette promesse est tenue, quels acteurs en assumeront le coût ?

Les évolutions que connaît actuellement ce marché devraient ainsi s'amplifier. Les acteurs historiques doivent en effet faire face à une concurrence de plus en plus rude, émanant notamment des enseignes d'optique (Optical Center, Krys, Afflelou), qui voient dans l'audioprothèse un relais de croissance intéressant, source de synergies positives avec leur cœur de métier. Cette diversification vers l'audioprothèse constitue d'ailleurs un des mouvements stratégiques les plus structurants du secteur de l'optique. Rappelons qu'il y a une trentaine d'années, les opticiens étaient positionnés sur les deux marchés, mais ceux-ci ont progressivement délaissé l'audioprothèse pour se concentrer sur l'optique-lunetterie, activité nettement plus rentable à l'époque. Trente ans plus tard, face à l'arrivée en masse des papy-boomers, ils reviennent sur le marché à fort potentiel des aides auditives. Profession organisée et structurée, qui a su se doter de méthodes commerciales efficaces, les opticiens jugent abordable le coût d'entrée (ou de retour) sur ce marché. En outre, l'Autorité de la Concurrence a recommandé fin 2016 la suppression du numerus clausus des audioprothésistes, ou à défaut son relèvement. Pour les enseignes d'optique qui souhaitent investir ce marché, c'est une bonne nouvelle dans la mesure où la pénurie actuelle de professionnels freine le développement des réseaux spécialisés. La configuration actuelle de la distribution, encore très atomisée, devrait évoluer vers une concentration accrue des acteurs, par la mutualisation des réseaux optique et audioprothèse, le rapprochement probable entre enseignes, voire la verticalisation de la filière audio, mouvement d'ores et déjà entamé par les rachats d'Audika par William Demant et d'AudioNova par Amplifon.

Par Hélène CHARRONDIERE

Article publié dans Audio Infos du mois de mai 2017.

[1]Huit plates-formes de services disposent de réseaux de soins conventionnés : Egaréseaux/Audistya (3 700 audioprothésistes en 2016), Carte Blanche Partenaires (3 300), Kalivia (3 100), Terciane (1 750), Actil (1 600), Sévéane (1 100) Itélis (950) et Santéclair (750). Source : Les Echos Etudes.

Source: edp-audio.fr